Prévention des catastrophes naturelles : les assureurs à 150 M€
Quatre assureurs et la Banque des Territoires apportent 50 M€ au fonds de prévention initié par la CCR, qui atteint 150 M€. Ce que finance ce véhicule.
La société de gestion Starquest a annoncé le 8 octobre 2026 le lancement d'un fonds complémentaire, doté de 50 millions d'euros, consacré à la prévention des catastrophes naturelles et à l'adaptation au changement climatique. Il s'adosse au Climate Change Resilience Fund, lancé en 2024 à l'initiative de la Caisse centrale de réassurance et financé par elle à hauteur de 100 millions d'euros. Les deux véhicules réunis atteignent 150 millions d'euros, pour une capacité d'investissement finale visée de 200 millions.
Cinq investisseurs, dont quatre assureurs
Le nouveau fonds réunit cinq investisseurs institutionnels : la Banque des Territoires, Société Générale Assurances, Crédit Agricole Assurances, Generali et le groupe Matmut. Ils apportent ensemble 50 millions d'euros, dont 30 % proviennent de la Banque des Territoires. Le communiqué le présente comme un fonds « miroir », qui vient compléter un véhicule préexistant, classé en article 9 du règlement SFDR.
Selon L'Assurance en Mouvement, la CCR a présenté le 16 octobre cette ouverture de sa stratégie d'investissement dans la prévention, quelques jours après la cinquième Journée nationale de la résilience, organisée le 13 octobre. Son directeur général, Édouard Vieillefond, y voit un moyen de « réduire le coût futur des sinistres » et de protéger l'assurabilité des particuliers, des entreprises et des collectivités.
Ce que financent les deux fonds
Le Climate Change Resilience Fund investit dans des entreprises qui développent des solutions pour anticiper, prévenir et réduire les conséquences des aléas naturels. Le communiqué cite deux premières participations : Hydroclimat, spécialisée dans les données d'exposition climatique à haute résolution, à l'échelle d'un actif, et Uniject, fabricant de batardeaux en composite contre les inondations. Un troisième investissement doit être annoncé prochainement.
Les investissements futurs doivent couvrir l'ensemble de la chaîne de la résilience : modélisation des risques, analyse de la vulnérabilité des actifs, systèmes d'alerte précoce, protection contre les inondations, prévention de la sécheresse géotechnique, reconstruction résiliente et conseil en adaptation des entreprises.
Un enjeu chiffré par France Assureurs
Le communiqué rappelle une projection de France Assureurs : le montant des sinistres dus aux événements naturels pourrait doubler entre 2020 et 2050 par rapport à la période 1989-2019, pour passer de 73,4 à 143 milliards d'euros.
Les déclarations des assureurs vont dans le même sens. Crédit Agricole Assurances, par la voix de son directeur Prévention, Adaptation et Sécurité, estime que le rôle de l'assureur « ne peut plus se limiter à indemniser ». Pour Generali France, c'est le directeur Réassurance, Climate Lab et Projets techniques qui présente l'engagement comme un investissement de long terme au service de l'assurabilité des personnes et des biens. Société Générale Assurances le présente sous l'angle de son double rôle d'assureur et d'investisseur institutionnel.
Une prévention encore peu pratiquée par les ménages
Le même article de L'Assurance en Mouvement rend compte du sixième baromètre d'Assurance Prévention, l'association qui porte les actions de prévention de France Assureurs, réalisé en septembre 2026 auprès de 3 254 personnes. Seuls 42 % des Français se sentiraient suffisamment préparés si une inondation touchait leur zone d'habitation dans les 24 heures. 20 % disposent d'un kit d'urgence, 16 % ont aménagé une zone refuge en hauteur et 13 % ont rempli un plan individuel de mise en sûreté.
Ce que cela dit des métiers
Ce type d'engagement place la prévention à la frontière de trois métiers de l'assurance. L'investissement relève des directions financières et de la gestion d'actifs, qui logent ces participations dans le portefeuille. La modélisation des expositions, l'un des domaines visés par les fonds, est au cœur du travail des actuaires non-vie et des équipes de réassurance. La prévention elle-même dispose chez certains assureurs d'une direction dédiée, comme le montre l'intitulé du dirigeant de Crédit Agricole Assurances cité par le communiqué. Le fonds affiche un objectif de 200 millions d'euros ; les prochaines participations diront quelles briques de cette chaîne les assureurs choisissent de financer en premier.